Deb Haaland, “Et si les rêves des Ancêtres devenaient réalité”.

Et si les rêves des Ancêtres devenaient réalité.

« Lorsque j’ai accepté la nomination au poste de Secrétaire de l’Intérieur, je l’ai fait en pensant à mes ancêtres et à tous ceux qui avant moi ont participé à ce combat. Je suis prête à servir et à aborder les problèmes auxquels notre pays, les terres publiques et les nations tribales sont confrontés. J’attends avec impatience le travail qui nous attend. » photo Deb Haaland fbpage

Il y a plus de douze ans, le téléphone de l’activiste autochtone, Alvin Warren sonne. Occupé par les comptes rendus de diverses affaires indiennes destinées à Bill Richardson, gouverneur du Nouveau-Mexique, Deb Haaland, au bout du fil, demande à Alvin Warren de se rendre dans la communauté Laguna Pueblo. Deb Haaland, originaire de l’enclave amérindienne Laguna Pueblo, cherche à convaincre les membres de sa communauté de l’importance du prochain vote pour la campagne présidentielle du sénateur de l’époque, Barack Obama. Warren et Haaland se rencontrent pour la première fois autour d’un groupe d’une vingtaine de personnes. Malgré le faible nombre de participants Pueblo, Warren, impressionné par l’éthique de cette activiste inconnue retiendra son nom.

Au fur et à mesure du temps, les propos politiques de Deb mobilisent les électeurs autochtones pour la présidentielle et, en 2008, Obama emporte la victoire. Aujourd’hui c’est au tour de Deb Haaland d’entrer dans l’histoire de l’Amérique. Le souvenir de la résilience des ancêtres autochtones lui donne une place clef.

Députée démocrate du Nouveau-Mexique depuis 2019, c’est à 60 ans que Haaland confirme son avancée politique en tant que première femme amérindienne, Secrétaire de Cabinet, Ministre de l’Intérieur du président des Etats-Unis, Joe Biden. Une nouvelle conscience s’inscrit dans un département dont les siècles de promesses non tenues et les négligences bénignes ont contribué à la lente érosion de la culture autochtone.

Sachant que l’histoire amérindienne c’est construit à travers une politique fédérale n’ayant aucune idée des besoins fondamentaux des peuples autochtones, il est difficile d’estimer l’impact des valeurs amérindiennes à l’heure où leurs attentes montent en flèche. Approcher la culture des peuples amérindiens c’est connaître la beauté des traditions, mais aussi des luttes.

Les enjeux sont lourds. Les nécessités sont vitales. L’une des fonctions de Deb Haaland, sera de gérer équitablement les besoins concurrents de diverses parties prenantes, notamment les compagnies d’extractions d’énergies non renouvelables cherchant à obtenir des droits miniers, de préserver la place des parcs nationaux et, de manière significative, de faire entendre les besoins des activistes autochtones auprès du Bureau des Affaires Indiennes, sous l’autorité de la nouvelle ministre de l’intérieur. Inadéquates, médiocres, sont concernées en premier lieu les infrastructures de santé et d’éducation.

L’histoire de Deb Haaland ressemble sur bien des points à celle de beaucoup de femmes américaines lorsqu’elles sont métisses, mères de famille, seules et avec des difficultés financières à la clef. À 33 ans, Deb obtient son diplôme universitaire et donne naissance à son enfant unique Somáh, militante auprès des causes autochtones et du LGBTQ.

Entre 40 et 50 ans, ses passions pour la cuisine, la course à pied et la politique, vont diriger sa vie jusqu’au Congrès. Son don naturel pour la politique fait naître en elle une force de conviction allant du mentorat de jeunes de couleur, à la collecte alimentaire pour les sans-abris, jusqu’à la lutte pour les droits civils. Elle ne recherche rien qui concerne la reconnaissance, la célébrité ou la gloire. Juste des résultats positifs qu’elle finit toujours par obtenir.

De la vente de salsa à la salle du Congrès.

Debra Anne Haaland, connue sous le nom de Deb, est née le 2 décembre 1960 à Winslow, en Arizona. Elle est fille de Mary Toya, engagée dans la marine et employée fédérale dans l’éducation indienne, et de John David, connu sous le nom de JD, « Dutch », marin de 30 ans honoré pour ses loyaux services par la médaille « Silver Star » : « Dutch » a sauvé six vies durant la guerre du Vietnam. Sa mère est Pueblo, son père d’origine norvégienne.

Il y a plus de 600 tribus amérindiennes reconnues au niveau fédéral et national aux Etats-Unis. Deux douzaines d’entre elles sont constituées d’enclaves d’Indiens Pueblo dispersées à travers le Nouveau-Mexique. Haaland se présente comme la 35ème génération néomexicaine, et se doit donc d’avoir un sens du devoir et un dévouement pour son peuple et les autres nations amérindiennes.

Fred Harris, qui a dirigé le Comité national démocrate à la fin des années 60 et qui s’est présenté à la présidence au début des années 70, reconnaît en elle une « intelligence engagée ».

Deb Haaland connait des périodes de vaches maigres. Elle poursuit malgré tout, ses études supérieures en effectuant divers travaux, notamment la fabrication et la vente de Salsa Pueblo*. Elle et sa fille Somáh vont partager un appartement de deux chambres en colocation, puis celui d’amis. Les problèmes financiers deviendront lourds parfois. Deb reçoit son diplôme de la faculté de droit de l’Université du Nouveau-Mexique en 2006. L’activiste politique va prendre son envol avec des emplois plus stables qui résoudront ses problèmes de survie.

Elle se porte volontaire pour la première campagne d’Obama en obtenant les votes autochtones, puis décroche des postes de haut niveau au Laguna et à San Felipe Pueblos. Elle supervise les jeux tribaux* et met en œuvre des pratiques commerciales respectueuses de l’environnement telles que le recyclage. En 2012, elle aide Obama à gagner sa réélection en tant que directeur des votes de l’État pour les Amérindiens, puis devient présidente du caucus autochtone du parti démocrate de l’État.

2014, le pas audacieux de Deb Haaland.

Haaland décide de se présenter au poste de lieutenant-gouverneur du Nouveau-Mexique aux côtés du gouverneur et procureur général de l’État, Gary King. Warren, en contact avec Haaland après leur rencontre à Laguna Pueblo, est frappé par sa démarche : un grand nombre d’autochtones en particulier les femmes, ont longtemps reçu cette injonction de ne pas se présenter à une élection. Néanmoins, Deb Haaland a un autre destin.

Ses convictions inspirent les nouvelles générations activistes autochtones. Sur les conseils de Deb, l’étudiante navajo, Paulene Abeyta, se présentera et remportera un siège au conseil scolaire puis deviendra présidente de la « National Native American Law School Students Association ».

Haaland échoue quant à sa candidature au poste de lieutenant-gouverneur, mais au lieu d’abandonner, elle jette son dévolu sur la direction du Parti démocrate de l’État. Le mandat de deux ans commence en 2015. Ce travail l’amène à visiter régulièrement les 33 comtés géographiquement éloignés de l’État pour nourrir les listes électorales démocrates aux côtés du vice-président Juan Sanchez.

La passion de Haaland pour l’État ainsi que sa profonde histoire de femme amérindienne continuent à s’exposer aux yeux du monde autochtone. Deb connaît sur le terrain l’histoire de son peuple, à travers les collines et les montagnes de son territoire d’origine qu’elle a parcourues.

Le travail dévoué de Haaland à travers le Nouveau-Mexique ne passe pas inaperçu. Haaland est légitimée pour aider les membres de son parti à retrouver les postes de secrétaire d’État et d’élus à la Chambre des représentants du Nouveau-Mexique en 2016.

En 2018, elle se présente contre cinq démocrates du 1er district du Congrès de l’État, qui est à 68% constitué de blancs. Avec une plate-forme progressiste qui comprend « Medicare-for all », 15 $ de salaire minimum et la promotion des énergies renouvelables, elle remporte 40% des voix. Elle devance ensuite son homologue républicain Janice Arnold-Jones pour le siège du Congrès – devenant ainsi la deuxième femme amérindienne au Congrès après la démocrate du Kansas Sharice Davids, originaire de la nation Ho-Chunk du Wisconsin.

L’automne dernier, les efforts de campagne de Haaland l’aident à gagner à nouveau, aidée par la marée bleue qui a surgi en réaction à la présidence de Donald Trump.

Deb Haaland, un projecteur sur les problèmes autochtones.

« Je suis prête à reconstruire en mieux » .

#Inauguration2021 #InaugurationDay photo Deb Haaland fbpage

Deb Haaland prend le temps d’écouter les autres. Elle soutient le Great American Outdoor Act Bipartisan pour le Fonds de conservation des terres et de l’eau qui finance aussi l’entretien des parcs nationaux. Elle co-parraine le bipartisan Not Invisible Act de 2019, visant à réduire les crimes violents sur les terres amérindiennes visant les Amérindiens.

Au printemps dernier, alors que le nouveau coronavirus commence à ravager les communautés amérindiennes confrontées aux problèmes de santé, Haaland pousse à améliorer le service haut débit dans les réserves. Elle élimine certaines formalités administratives pour faciliter l’accès à l’aide fédérale et pour répondre aux préoccupations concernant le manque d’eau courante dans certains territoires natifs. “Le pays indien a été laissé pour compte pendant des décennies.” Déclare t’elle dans une interview en avril dernier à USA Today. Judith LeBlanc, directrice de l’Alliance des organisateurs autochtones, un groupe d’organisation politique national, déclare que les grandes tâches de Haaland consisteront à aider les Amérindiens à faire face au virus COVID-19. Selon les Centers for Disease Control and Prevention, le virus affecte et tue de manière disproportionnée les membres des peuples autochtones.

Reconnaissant l’ampleur de la nouvelle fonction de Deb Haaland, de nombreux dirigeants amérindiens savent qu’elle devra fera face à de grandes attentes tempérées tout en tenant compte de la réalité historique amérindienne. « Les problèmes rencontrés avec le gouvernement fédéral ne peuvent être résolus du jour au lendemain, car ils durent depuis 400 ans», déclare Fawn Sharp, présidente du Congrès national des Indiens d’Amérique et de la nation tribale Quinault de l état de Washington.

Parmi ses combats en faveur des peuples autochtones, figure celui pour une énergie renouvelable, notamment en tant que vice-présidente de la commission sur les ressources naturelles de la Chambre des représentants. Elle travaillera à l’application de la proposition de Joe Biden pour mettre fin aux émissions carbone des centrales électriques d’ici à 2035 et l’investissement de deux trillions de dollars pour des projets dans les énergies propres.

A ce jour, une douzaine de Républicains de la Chambre ont déjà exprimé leur opposition à Deb Haaland en demandant à Joe Biden d’annuler sa nomination. Leur lettre du 26 janvier indique que Haaland, vice-président du Congressional Progressive Caucus, est une «menace directe pour les travailleurs et travailleuses et pour le développement responsable des ressources naturelles de l’Amérique».

Elizabeth Day, chef de projet de l’engagement communautaire au Native American Community Development Institute de Minneapolis, soutient quand à elle, que la réputation de Deb Haaland à travers le territoire amérindien est plus qu’honorable.

La roue tourne.

Depuis la nomination de Deb Haaland au sein du ministère de l’Intérieur des Etats-Unis, il est certain que plusieurs militants autochtones à travers le pays seront stimulés comme jamais auparavant. Deb Haaland pourrait alors devenir la leader amérindienne la plus puissante du pays. Du jamais vu encore!

Paris, le 10 février 2021.

Rédaction: Lorenza Garcia

Fondatrice Navajo France

lorenza@navajo-France.com www.navajo-France.com

SOURCES : Marco Della Cava, Deborah Barfield Berry, USA TODAY *

*Salsa : recette culinaire du Nouveau Mexique. *Jeux tribaux : En 1988, l’Indian Gaming Regulatory Act (IGRA) reconnaît officiellement la souveraineté des nations indiennes en matière de jeux. Les casinos indiens ont permis de créer de nombreux emplois, le jeu restant un moyen d’exercer une indépendance économique. *Medicare for all : À la veille des élections nationales de novembre 2008 alors que 47 millions d’Américains sont dépourvus de couverture maladie, une stratégie politique propose de mettre en place un système d’assurance médicale à payeur unique, pouvant couvrir l’ensemble de la population (« Medicare for All »).